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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 14:39

Hubert Duprat : les larves de trichoptères

Les fourreaux de larves de trichoptères

1980-1997
Or, perles, pierres précieuses et semi-précieuses
Largeur : 2 cm, diamètre : 0,5 cm

 

Voici une oeuvre bien singulière où l'artiste Hubert Duprat se joint au travail de petites larves des rivières qui ont pour particularité de se confectionner un fourreau de protection, comme une coquille en réunissant des débris minéraux qui l'entourent. L'animal ainsi revêtu devient difficilement perceptible. La soie qu'elles fabriquent leur sert de ciment.

Hubert Duprat offre des matériaux précieux à ces larves afin qu'elles réalisent un étui de protection composé d'or, perles, turquoises...

L’artiste récolte des larves aquatiques dans les rapides des rivières. Débarrassées de leur fourreau naturel, les larves sont ensuite placées dans un aquarium dont le fond est recouvert de paillettes d’or et de pierres précieuses. De bâtisseur, l’insecte devient joaillier, puisque l’objet artificiel qui résulte de son travail devient à la fois habitat et sculpture. Les parures obtenues par le dispositif mis en place par l’artiste renvoient à la notion de réalisation automatique de l’œuvre d’art. Duprat dépasse cependant le ready-made pour aborder le concept de la métamorphose : celle de la larve qui deviendra papillon de nuit, mais aussi celle de l’activité artistique et des objets naturels transformés en sculptures intemporelles.

Au début des années '90, Hubert Duprat n'avait « produit » qu'une dizaine de fourreaux. Il n'hésitait pas à détruire des fourreaux « achevés » pour pouvoir fournir à nouveaux les insectes en matière première. La monstration du processus de fabrication est un aspect important. Pour ce faire, Hubert Duprat a fait fabriquer un aquarium placé à hauteur de vue, gardant l'eau à 4°C (une température à laquelle l'animal n'enclenche pas sa métamorphose, restant de manière stable une larve capable de fabriquer des fourreaux), le dispositif technique étant caché derrière le mur d'exposition. 

L'art et la nature, elles ne sont pas de l'Art pour autant, n'étant pas le résultat d'une création. L'animal fabrique, mais de manière instinctive, sans intention, notamment esthétique. Cependant, les scientifiques ont mis en évidence que le choix des éléments par les insectes ne résulte pas que de facteur de proximité du matériau ou de facilité d'agencement. On a pu mettre en évidence que, notamment pour les pierres précieuses, l'animal choisit de préférence les pierres les plus brillantes sans qu'on ait pu déceler dans ce comportement une explication uniquement utilitariste. Peut-être ce choix montre-t-il que les insectes utilisent plus leur vue que leur toucher dans le choix des matériaux. S'il existe une volonté créatrice, c'est celle d'Hubert Duprat. Son intervention se limite à modifier l'environnement des animaux pour qu'ils soient en état de produire (suppression du fourreaux existant et maintien de la bête à une température basse) et pour qu'ils ne puissent utiliser que la matière première choisie par l'homme. L'œuvre est donc une réflexion sur les relations entre la Nature et l'Art.

Elle travaille aussi sur la limite entre art et artisanat. L'intention première d'Hubert Duprat de faire de cette expérimentation une source de revenu, un procédé permettant d'approvisionner des artisans, une activité s'insérant dans un processus de type commercial en somme est une première manière d'aborder cet aspect de l'œuvre.

L'artiste délègue ces insectes bâtisseurs pour fabriquer l'oeuvre.

Hubert Duprat est actuellement en train de rassembler toutes les représentations humaines de trichoptères réalisées au cours des siècles. La volonté d'exhaustivité, l'ouverture à la fois sur les oeuvres artistiques et scientifiques contribuent à relier l'œuvre de Duprat à l'univers des cabinets de curiosité où avant le XVIIIe siècle les amateurs éclairés rassemblaient des oeuvres à la fois artistiques, artisanales et des productions naturelles.

Si l'on se penche sur l'objet-fourreau, la première impression est celle de l'émerveillement, qui résulte d'abord du caractère précieux des matériaux mis en oeuvre, de leur brillant, de leur chatoiement, en fait de tout ce qui les rapproche du bijou. Cet émerveillement vient aussi et en même temps de l'aspect « bricolé », naturel, de l'agencement des éléments et du fait que nous savons que l'objet a été réalisé par un animal. L'objet se montre comme un agrégat d'éléments collés les uns aux autres par un suc produit par l'insecte. C'est la somme des éléments et le suc collant qui crée la matière, l'objet visible. Cette interrogation sur le statut de l'objet, sur sa configuration, sa composition est un élément essentiel de l'œuvre d'Hubert Duprat.

Enfin, la forme de fourreau n'est pas anodine. L'objet se présente comme un réceptacle. Il entoure un dedans qui peut être perçu comme creux ou comme contenant l'insecte. Cet espace intérieur est le lieu où réside la vie, c'est là que s'accomplit la transformation, la métamorphose de la larve en insecte, c'est aussi là qu'a lieu le geste créateur; On a pu comparer la phrygane (cet insecte) aux ouvriers qui bâtissaient les cheminées d'usine, agençant les briques en tournant sur eux-même à l'intérieur du conduit de cheminée. Le fourreau apparaît alors comme une sorte de matrice, lieu où s'accomplit le mystère de la vie et de la création, lieu d'origine de l'œuvre de Duprat aussi.

 

 

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Published by saintjoarts.over-blog.com - dans Artistes

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