Mardi 19 avril 2 19 /04 /Avr 11:36
FICHE D’IDENTITE : Christian Boltanski, Réserve 1990
 
Information : Cet article a été un peu remanié et publié sur mon nouveau blog : http://e-cours-arts-plastiques.com/fiche-danalyse-doeuvre-reserve-de-christian-boltanski/ Je laisse néanmoins celui-ci dans son jus puisqu'il a fait ses preuves.
En version téléchargeable :
 
 
Présentation de l’œuvre
 
Boltanski Reserve 
 

Titre de l’œuvre : Réserve

Nature/genre de L’œuvre : Installation / mythologie personnelle
(Tissu, lampes. Dimensions variables)

Artiste (ou commanditaires)

 (Naissance / mort) : 1944 -

Date de création : 1990                                                                                          

Catégorie (domaine/thématique) : à encadrer

o Arts de l'espace         • Arts, créations, cultures
o Arts du langage       
Arts, espace, temps
o Arts du quotidien      
Arts, Etats et pouvoir
o Arts du son                
• Arts, mythes et religions
o Arts du spectacle vivant
Arts, techniques, expressions
o Arts du visuel                        
Arts, ruptures, continuités  

               

Repérage chronologique :

Repérer l’œuvre et indiquer des évènements historiques proches
 
 

Seconde guerre mondiale

(1939 – 1945)

 
 
 

Vie de l’artiste (ou commanditaires) : Moments importants de sa vie…

 Son identité

Christian Boltanski est un artiste du 20ème siècle, né le 6 Septembre 1944. C'est un photographe, sculpteur et cinéaste mais il est notamment connu pour ses installations (installations: tissus, lampes, dimensions non-variable, cartons etc.) 

Son Parcours

Né en 1944 à Paris, Christian Boltanski est un artiste majeur de l’art contemporain français.

Les thèmes de prédilection dans son travail sont : la mémoire, le temps, la mort.  Il mêle dans son œuvre des références biographiques, celle de sa vie, celle des autres, celle d’anonymes, qui s’accumulent et forment un ensemble composite de souvenirs chargés d’émotions.

In ne retrace pas un évènement historique précis à la manière d’un historien mais parle un peu de toutes les vies amenées à disparaître et dont  on conserve la mémoire.

Tous les moyens plastiques sont bons : la peinture, le dessin, la photographie, les films et les installations.

Le spectateur a tendance à se sentir concerné et à se réapproprier les scènes souvent dans une ambiance nostalgique  comme autant de mythologies individuelles.

Sa pratique de plasticien s’est transformée avec les années en un art proche du théâtre privilégiant des lieux chargés d’histoire pour ses expositions.

Parmi les dates importantes de son œuvre :

-           Christian Boltanski pratique la peinture jusqu’à la fin des années 1960.    

 

 

Boltanski La-chambre-ovale 1967 

Christian Boltanski, La chambre ovale a été réalisée en 1967. C'est de l'acrylique sur de l'isorel. Les dimensions de cette œuvre sont 115 x 146,5 cm. Le thème semble ressurgir d'une mémoire d'enfant.

 

 

-          En 1968 : le livre d’artiste Recherche et présentation de tout de qui reste de mon enfance, 1944-1950. A partir de ce moment, l’artiste joue avec les codes de l’autobiographie et reconstitue des objets ou des situations de son enfance qu’il présente dans des livres, des vitrines, des boîtes de biscuits, ou encore qu’il diffuse dans des envois postaux : La Reconstitution d’un accident qui ne m’est pas encore arrivé et où j’ai trouvé la mort (1969), Essai de reconstitution d’objets ayant appartenus à Christian Boltanski entre 1948 et 1954 (1970), etc. 

 

-          De 1970 à 1973, il crée les Vitrines de références en détournant les codes muséographiques : des objets hétéroclites, trouvés ou fabriqués par l’artiste, sont exposés dans des vitrines, comme les témoignages répertoriés d’une vie anodine dont il ne reste que des traces frôlant l’absurde.

 

boltanskivitrine1

 

 

 

 

-          En 1972, L’album de la famille D., présenté à la Documenta de Kassel, lance sa carrière internationale. Dans cette installation photographique, réalisé à partir de l’album de famille de son ami Michel Durand, l’artiste utilise des images trouvées qu’il agrandit, encadre et organise dans des compositions murales.

 

-          Au même moment, les Inventaires, sont des installations réalisées à partir de l’ensemble du mobilier et des objets personnels d’une personne anonyme.

 

-          Après une rupture plus ironique et grotesque des Saynètes comiques, 1974, dans lequel il se met en scène de façon clownesque, mimant des scènes de son enfance, il reprend un mode distancié et impersonnel dans les Images modèles (à partir de 1975), des photographies qu’il réalise lui-même en suivant les standards de la « belle photographie ». Avec ses installations photographiques il est l’un des principaux fondateurs de la photographie plasticienne, et son travail sur le « goût moyen » anticipe les développements de l’art post-conceptuel.

 

-          A partir de 1977, il réalise les Compositions (qu’il nomme compositions héroïques, grotesques, architecturales, japonaises, enchantées, etc.), des photographies aux proportions massives, inspirées du modèle pictural, qui reproduisent sur fond noir de petits objets trouvés ou fabriqués par l’artiste. L’agrandissement à une échelle monumentale de ces objets, rapporté à leur caractère dérisoire, met en exergue l’importance toujours démesurée que chacun d’entre nous attache aux choses éphémères et fragiles.

 

-          A partir de 1984, il réalise les différentes séries des Ombres, des Monuments, des Reliquaires et des Réserves prennent une tonalité de plus en plus sombre. Les matériaux de ses premières œuvres : photographies trouvées, boîtes de biscuit (utilisées individuellement, en colonnes ou en murs), vont être réutilisés dans des installations au caractère dramatique, hantés par l’idée de la mort. La Shoah devient à partir de cette période un thème prépondérant dans son travail, qui s’affirme ouvertement à partir de l’œuvre qu’il présente à la Documenta 8 de Kassel en 1987. En 1988, le vêtement, dont il recouvre les murs ou le sol, apparaît comme un matériau clé qui viendra progressivement se substituer au portrait photographique : une autre manière de parler de l’individu, à la fois anonyme et singulière, dont le vêtement est comme l’empreinte fantomatique.

 

-          L’importance de l’énumération et de l’archivage, puis l’obsession de la liste (ex : Liste des Suisses morts dans le Canton du Valais en 1991, 1993) dont témoignent les œuvres qu’il réalise dans les années 1990, sont là pour rappeler que dans la masse, c’est toujours l’individu qui compte. Comme en 1998, lors de son exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, où il expose sous l’intitulé « Menschlich » (humain) une installation murale faite de centaines de photos d’anonymes « dont on ne savait rien, tous uniques et sans mémoire, sans identité, pas remplaçables et remplacés ». Ces années sont marquées aussi par un fort investissement dans le domaine du spectacle. Il réalise ainsi, en collaboration avec Jean Kalman et Frank Krawczyk, de nombreuses œuvres-spectacles, installations éphémères et animées qui ajoutent à son vocabulaire habituel l’intervention d’acteurs, de sons et d’effets lumineux, dans des lieux souvent insolites.

 

-          Il envisage même, pour l’an 2000, de nommer tous les habitants de la Terre : un projet utopique, qu’il doit abandonner mais dont l’esprit nourrira les œuvres à venir. Il va désormais privilégier des projets au contenu humaniste qui relèvent du registre de la fable, allant jusqu’à former de véritable légendes. Il développe ainsi le projet de constituer une archive de tous les cœurs du monde, pour lequel il collecte, au fil des expositions le son de dizaines de milliers de battements de cœurs de dizaines de milliers d’individus, qu’il enregistre, étiquette, archive, et qui forment, depuis 2005, les Archives du cœur qui seront installées de façon pérenne sur l’île de Teshima, proche de l'ile de Naoshima dans une mer intérieure du Japon, en 2010. Dans le même esprit de ces œuvres « paraboles et utopiques», Christian Boltanski a « vendu sa vie » (l’enregistrement vidéo en continu de ses faits et gestes dans son atelier) en viager à un collectionneur, pour réaliser une installation permanente en Tasmanie. C’est ce qu’il appelle « sa partie contre le diable ».

 

 

 

Contexte historique de création : cadre géographique ? Evènements marquants ? Eléments d’inspiration.

 

« Son père étant juif, il a été marqué par l'Holocauste et la destruction systématique des juifs par les allemands durant la seconde guerre mondiale (1939 – 1945)

 

Rappel historique :

 

La Shoah, connue également sous le nom d’Holocauste[], est l'extermination systématique par l'Allemagne nazie des trois quarts des Juifs de l'Europe occupée, soit les deux tiers de la population juive européenne totale et environ 40 % des Juifs du monde, pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce qui représente entre cinq et six millions de victimes selon les estimations des historiens. Ce génocide des Juifs constituait pour les nazis « la Solution finale à la question juive ».

 

L'extermination des Juifs fut perpétrée par la faim dans les ghettos de Pologne et d'URSS occupées, par les fusillades massives des unités mobiles de tuerie des Einsatzgruppen sur le front de l'Est (la « Shoah par balles »), au moyen de l'extermination par le travail forcé dans les camps de concentration, dans les « camions à gaz », et dans les chambres à gaz des camps d'extermination.

 

L'extermination physique des Juifs fut aussi précédée ou accompagnée de la destruction d'une part considérable de leur patrimoine culturel ou religieux.

 

Perpétré sur l’ordre d’Adolf Hitler, le crime a principalement été mis en œuvre par la SS et le RSHA dirigés par Heinrich Himmler, ainsi que par une partie de la Wehrmacht, et par de nombreux experts et bureaucrates du IIIe Reich. Il a bénéficié de complicités individuelles et collectives dans toute l’Europe, notamment au sein des mouvements collaborationnistes d’inspiration fasciste ou nazie, et de la part de gouvernements ou d’administrations ayant fait le choix de la collaboration d'État.

 

Le Troisième Reich a aussi exterminé en masse les handicapés mentaux (leur gazage massif lors de l’aktion T4 a précédé et préfiguré celui des Juifs d'Europe), les Tziganes, les homosexuels et les populations slaves notamment polonaises et soviétiques, mais seul le massacre des Juifs a été conduit avec acharnement jusqu'aux derniers jours des camps.

 

La Shoah constitue l'un des événements les plus marquants et les plus étudiés de l'histoire contemporaine. Son impact moral, historique, culturel et religieux a été immense et universel. » (Extrait de wikipedia)

 

 

 

Style, mouvement ou courant :

 

Les deux artistes dont il se réclame sont Joseph Beuys et Andy Warhol, certainement par leur approche commune  autobiographique et relative à une mythologie personnelle, une histoire individuelle.

 

Christian Boltanski est un artiste contemporain qui faisait parti du mouvement artistique Narrative Art. Ce mouvement revendique l'utilisation de l'image et d'un texte mais l'utilisation des deux sont séparés le lien doit se faire mentalement. Christian Boltanski est souvent associé à Claude Lévêque.

 

 

 

 

Description de l’œuvre  

 

 

 

Technique(s) ? C’est une installation Matériaux ? Vêtements, lumières, chaleur et odeur.

 

Dimensions ? Dimensions variables, c'est-à-dire qu’elle s’adapte à l’espace d’exposition.

 

Cadrage ? Point de vue ? « Le visiteur ne sera pas devant une œuvre, il sera dans une œuvre... ». Cette phrase de l’artiste énoncée plus tardivement résume la position intégrante du spectateur

 

Composition ? Empilement organisé en 3 rangées Couleur ? Lumière ? La lumière fait partie intégrante de l’œuvre. Elle est matérialisée par des éclairages au dessus des vêtements dont la lumière est rasante. La chaleur des éclairages amplifient l’odeur de grenier et de poussière.

 

Les éléments en présence donnent-ils un sens ? Lequel ? Pourquoi ? Anecdotes ?

 

La pièce est confinée, des vêtements accumulés recouvrent la totalité des murs. La lumière au dessus des vêtements amplifie la chaleur de la pièce et l’odeur des vêtements. Une atmosphère plutôt étouffante que Boltanski saura mettre en exergue plus tard dans une autre installation au MAC de Marseille où il ajoute aux vêtements une bouilloire avec de l’eau dégageant de la vapeur, ce qui n’est pas encore le cas ici.

 

En 1988, Boltanski commence à utiliser un nouveau matériau :, le vêtement, qu'il utilise tout d'abord pour créer une œuvre profondément émouvante : Réserve, Canada. Il s'agit d'une pièce qui fait allusion aux entrepôts dans lesquels les nazis remisaient les effets des personnes déportées. L'usage du vêtement chez Boltanski est donc d'emblée lié au thème de la mort, comme c'était déjà le cas pour la photographie. Pour lui, « La photographie de quelqu'un, un vêtement ou un corps mort sont presque équivalents : il y avait quelqu'un, il y a eu quelqu'un, mais maintenant c'est parti ». Le vêtement est une trace ou une empreinte d'une vie passée.

 

C'est à ce titre que les vêtements sont présents dans la série des Réserves réalisées à la suite de Réserve, Canada. Chacune est une variation d'installation sur le thème de la disparition et du souvenir. Dans Réserve : la Fête de Pourim, 1989, ou dans Réserve Lac des morts, 1990, les vêtements sont laissés au sol ; dans Réserve du Musée des enfants, 1989, ils sont empilés en rang

 

Avec la Réserve de 1990, Boltanski tapisse les murs d’une salle entière de vêtements usagers, voire poussiéreux, qui répandent une odeur de grenier. Car la forte présence de l’œuvre ne se manifeste pas seulement visuellement, mais par une dimension olfactive rarement exploitée en arts plastiques.
Comme les autres œuvres de la série, la Réserve de 1990 crée un environnement incitant à une méditation mélancolique sur le corps comme enveloppe vulnérable, sur la vanité et sur la mort, qui sont les sujets de prédilection de Boltanski durant les années quatre-vingt-dix.

 

 

                                                                                                                                         

 

Portée ou influence de l’œuvre

 

 

En quoi l’œuvre a-t-elle marqué son temps ? Peut-on la rapprocher d’autres œuvres ?

 

Cette œuvre interroge la mémoire, le temps,  la vie, la mort et peut être rapprochée à ce titre du thème des vanités et des natures mortes qui tentent de figer un instant dans le temps, sachant l’aspect éphémère de la vie.

 

On peut aussi rapprocher cette installation de peinture d’histoire individuelle ou collective et aussi des monuments commémoratifs. Voir diaporama : La guerre à travers l'art



beuys coyote-i-likeamerica-and americalikeme 1974

 

 

Joseph Beuys, Coyote « i like america and america like me » 1974, entre nature et sculpture, la blessure d’un clivage : il arrive pour son exposition en ambulance enroulé dans du feutre. Les matériaux comme le feutre et la graisse font partie du vocabulaire de Beuys ; il se réfère à un accident d’avion pendant la guerre en 1943, où Beuys est recueilli par des Tartares, son corps est enveloppé dans du feutre, et ses plaies pansées avec de la graisse… autre exemple de mythologie personnelle.

 

 

christian boltanski-prendre la parole2005

 

 

Christian Boltanski, La parabole, 2005

Etrange ressemblance non ?

Boltanski ne cache pas l’influence de la démarche de Joseph Beuys dont voici un joli clin d’œil.

 

 

MemorialHolocauste

 

 

Mémorial de la déportation des juifs d'Europe à Berlin

Un certain rappel formel et sémantique (de forme et de sens)

 

 

Photos d'identification de Henny Schermann, vendeuse à Frankfurt am Main. Arrêtée en 1940, elle fut assassinée à Ravensbrück en 1942. (Ravensbrueck, Allemagne, 1941. Stadtarchiv Nuernberg/United States Holocaust Memorial Museum)

 

christian boltanski-dead swiss2

 

 

Christian Boltanski et l’importance de l’énumération et de l’archivage, puis l’obsession de la liste : Liste des Suisses morts dans le Canton du Valais en 1991, 1993 dont témoignent les œuvres qu’il réalise dans les années 1990, sont là pour rappeler que dans la masse, c’est toujours l’individu qui compte.      

 

 

 

Regard sur l’œuvre

 

 

Exprimer son ressenti…

 

 

 

LEXIQUE DE BASE : à utiliser en fonction de l’œuvre étudiée.

 

Photographie//sculpture/installation/performance/figuratif/dimension/espace/matériau/monument aux morts: mémorial/

 

 

 

S. Ladic – 2011- http://saintjoarts.over-blog.com/

 

 

 

 

Par madame plastique - Publié dans : Analyse d'oeuvres
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